Jacques CLARION (1776-1844)
Jacques Clarion est né à Saint-Pons-de-Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) le 12 octobre 1776. Il est le fils de Jean Joseph Clarion et de Rose Chauvet.
Il effectue ses études secondaires au collège d'Embrun puis il fait son apprentissage dans la pharmacie de Jaramey, pharmacien à Seyne. Il étudie particulièrement la botanique et il herborise activement dans les Alpes.
Après deux années dans la pharmacie Jaraney, la réquisition permanente décrétée par la Convention l'oblige à interrompre ses études. Ainsi le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), à 18 ans, il reçoit une commission d'officier de santé de troisième classe pour l'Armée d'Italie. Après avoir passé les Alpes, il suit les opérations militaires qui le conduisent notamment en Lombardie et en Vénétie .
Après la paix de Campo-Formio (17 octobre 1797), la campagne d'Italie terminée, pour compléter ses études médicales, il se rend à Paris et il étudie à l'Ecole de Médecine. Il suit les exercices pratiques de chimie moderne de Lavoisier et de Scheele, aux contact de Fourcroy et de Vauquelein. Il devient bientôt aide-chimiste. A l'Ecole de médecine il obtient des prix de chimie et de botanique.
Le 11 thermidor an IX (30 juillet 1803) il devient docteur en médecine car il soutient une thèse intitulée "Observations sur l'analyse des végétaux, suivies d'un travail chimique sur les rhubarbes exotique et indigène". Ce sujet était à forte connotation pharmaceutique.
Il est ensuite nommé préparateur en chef du cours de chimie et pharmacie à l'Ecole de Médecine. En 1805 Nicolas Deyeux qui est professeur de ce cours de chimie et pharmacie mais également premier pharmacien de Napoléon fait nommer Jacques Clarion dont il a pu apprécier la valeur à l'Ecole de Médecine comme pharmacien ordinaire de l'Empereur et directeur de la pharmacie impériale du palais de Saint-Cloud.
A Saint-Cloud, Clarion touchait comme pharmacien ordinaire de l'Empereur 5 000 francs plus la moitié des bénéfices de la vente des médicaments au public ce qui correspondait à environ 8 000 francs au total. A 29 ans il est aide-major de la Pharmacie Impériale. Il réside à Saint-Cloud où il a un logement de fonction. Cette localisation lui permet d'herboriser à loisir la région.
Dés son installation au palais de Saint-Cloud, il demande le 9 juin 1805 à l'Ecole de pharmacie de Paris de le recevoir comme pharmacien. Vus ses antécédents, il est facilement accepté comme pharmacien le 14 messidor an XIII (3 juillet 1805).
Le 5 mai 1810 il épouse à Paris dans l'ancien VIII ème arrondissement, quartier du Faubourg Saint-Antoine, Louise-Adélaïde Dubois native de Busigny dans la Cambraisis. Cette dernière ne pouvait que satisfaire l'attachement religieux de Clarion car elle vivait à Paris chez son oncle, prêtre et curé de la paroisse. Le consentement des parents était présenté par Nicolas Deyeux, le maître vénéré de Clarion. Sur le sujet Napoléon avait dit "Clarion ferait sa prière devant le front des troupes en bataille". Elle lui donnera un fils Jules, Louis CLARION de BEAUVAL, ( 1817-1865)
Dans une note biographique Chatin note que la pharmacie annexée au palais de Saint-Cloud contenait un dépôt important de médicament, qu'il évaluait à 150 000 francs en 1815. En dehors des besoins impériaux relativement limités, la pharmacie était répertoriée comme une pharmacie ouverte à Saint-Cloud par l'administration départementale et elle pouvait éventuellement servir pour des besoins stratégiques. Ainsi, lorsque les troupes alliées encerclent Paris en 1815, Clarion protège ses magasins contre la convoitise de Blücher qui souhaitait approvisionner ses propres ambulances.
Après l'abdication de l'Empereur le 12 avril 1814, dès le 15 juin 1814 Clarion envoie un document sur "l'organisation de la pharmacie de la Couronne pour servir à l'organisation de la pharmacie du roi, si on le juge à propos". Il demande que cette pharmacie soit "dirigée par un seul et même^pharmacien". Il espère que le Roi le maintiendra dans ses fonctions "un de ses sujets le plus fidèle, le plus dévoué par amour et par religion". Il renouvelle sa requête le 7 juillet et se recommande alors de nombreuses notabilités : comte Alexis de Noailles, M. Depierre curé de Saint-Sulpice, comte Mathieu de Montmorency, etc.
Louis XVIII le confirme à son poste à Saint-Cloud lettre du 26 juillet 1814 même si le palais était désormais déserté par le roi et sa cour.
Au retour des Bourbons, il est invité par le duc de Duras, premier gentilhomme de la Chambre du Roi, à servir Louis XVIII. Il décline provisoirement cet honneur qui lui est fait et part pour les Alpes de Provence et du Dauphiné dont il étudie la flore. De retour à la capitale en 1817, il accepte la charge d'apothicaire du roi, (les pharmaciens sous le roi Louis XVIII sont appelés apothicaires et cela jusqu'en 1822).
Le nom de Clarion ne figure pas sur les états officiels, par exemple dans le document sur l'organisation du service médical de la maison du roi, paru dans le Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie en février 1815.
Par contre il est noté comme recevant un traitement de 408 francs comme pharmacien de Saint-Cloud pendant les mois d'août à décembre 1814 inclus. En janvier et février 1815, il reçoit 242 francs comme "chef de l'infirmerie". Dans un rapport au roi daté du 22 février 1815 il lui affirme que le nombre des apothicaires royaux est insuffisant, surtout depuis l'établissement de la pharmacie à Saint-Cloud "qui doit fournir tous les médicaments nécessaires au service du roi".
La conduite de Clarion pendant les cent Jours est vivement critiquée. dans une lettre datée du 3 août 1815, le premier médecin du roi, Le Faivre, l'accuse d'avoir touché de l'argent de Napoléon pendant cette période ce qui est vrai. Clarion admet avoir reçu un traitement de trois mois de Napoléon mais il a conservé au roi une pharmacie valant 100.000 francs. Il a de plus, fermé la pharmacie et n'a rien livré à l'Empereur pendant cette période. D'ailleurs, il écrit : "je crus au moment du retour de l'usurpateur devoir conserver le précieux dépôt de la pharmacie de Saint-Cloud tant qu'on n'exigeait de moi rien de contraire à l'honneur et à la conscience.". il a refusé de prêter serment le 12 mai et d'accepter la Constitution c'est-à-dire l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire du 22 avril 1815, rédigé par Benjamin Constant et que Napoléon lui-même avait juré de respecter le 1er mai 1815.
En décembre 1818, il est nommé professeur adjoint de botanique à l'Ecole de Pharmacie en remplacement de Guiart fils devenu titulaire de la chaire. Cette même année naît le 19 juin son fils Jules Clarion (de Beauval) (16-06-1818/24-11-1865).
Puis le 2 février 1823 il est nommé professeur d'histoire naturelle médicale à la Faculté de Médecine de Paris. Cette nomination fait suite aux troubles anti-cléricaux et anti-royaux fameux dans l'université de Paris lors de la leçon inaugurale du 18 novembre 1822 lorsque l'évêque Frayssinou fut nommé en qualité de grand maître. Deyeux fut révoqué de son poste de professeur à cette occasion comme onze autres professeurs de la faculté de médecine et celle-ci fut fermée créant de grandes difficultés pour les étudiants en cours d'études.
Mais le 5 octobre 1830, après la révolution de juillet, les libéraux sont au pouvoir et Louis-Philippe le révoque de son poste professoral alors qu'il avait déjà perdu son emploi à la cour. Il se consacre alors à sa science de prédilection, la botanique, et à ses fonction de professeur-adjoint à l'Ecole de Pharmacie.
Il décède le 29 septembre 1844 à Garches en Seine et Oise à l'âge de 68 ans. Il avait adjoint à son patronyme "de Beauval" du nom de la propriété qu'il avait acquise près de Saint-Cloud devenant pour lui et ses descendants des "Clarion de Beauval".
Son fils unique, Jules-Louis Clarion de Beauval (1810-1865), officier de la garde nationale de Garches, fut conseiller de préfecture puis sous-préfet et a été fait chevalier de la Légion d'honneur.
Son frère, Melchior Clarion, docteur de l'université de Padoue, était également médecin.
Il est notamment l’auteur de :
Abrégé de médecine pratique, ou Manuel médical d'après les principes de la doctrine physiologique (Charvin, Lyon, 1832)
Nouveau Précis des maladies des enfans fondé sur la doctrine physiologique (Charvin, Lyon, 1833).
Références bibliographiques :
Trépardoux Francis. Jacques Clarion (1776-1844), professeur de l'Ecole de pharmacie de Paris. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 2006, 94ème année, n°351, 295-306.
Dorveaux Paul. Les grands pharmaciens. Les pharmaciens de Napoléon. Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie. 1921,9ème année, N°30. 317-333.