Edmé Bouillon-Lagrange est né à Paris le 15 juillet 1764 à l'origine il s'appelle Bouillon de la Grange jusqu'à la Révolution. Son père Edmé Bouillon de la Grange est employé aux archives du duc d'Orléans (1740-1809) et sa mère est Anne Marie Cardin (1735-).
Il se marie à Paris le 23 janvier 1786 avec Jeanne-Lucie Sureau (-1808 Paris).
Il est reçu maître en pharmacie le 2 août 1787 à l'âge de 22 ans ce qui est exceptionnel et il achète l'officine de son beau-frère Jacques-Jean-Baptiste-Jacques-Félix Sureau (1754-1789?) située rue Saint Martin (aujourd'hui rue Chapon). Il la quitte après deux ans de pratique pour s'adonner à la chimie sous la direction de Fourcroy et de Berthollet.
Comme élève de Fourcroy qu’il entreprit à partir de 1790« l’examen chimique » des médicaments et de leurs diverses matières premières spécialement d’origine végétale (Rhus radicans, truffes, agaric, écorce de Saule, racine de Benoite, tanin, Séné, Semen contra, semence d’Iris pseudocorus, Ail, Aloès, Scammonée, Safran). C'est un précurseur de l'analyse chimique des médicaments : "Un médicament, disait-il, est une machine que l'on ne peut bien connaître que lorsqu'on la défait pour examiner toutes les pièces qui la composent. Pour en rendre l'usage plus sûr, il faut démonter toutes les pièces et les examiner à leur tour".
Durant la révolution il échappe à l'échafaud en 1793 grâce à la fuite, un membre du conseil révolutionnaire dont il avait soigné les enfants l'ayant prévenu de son arrestation. Vingt jours après il rentre à son domicile et il obtient la commission de pharmacien-major avec des fonctions dans l'organisation des hôpitaux parisiens.
Bientôt la réquisition permanente lui fait quitter ses études, il sera expédié à l'armée de Vendée avec le grade de pharmacien de troisième classe. Il en revient pour occuper à Paris une place d'essayeur chimique à l'agence des poudres et salpêtres.
Le 6 avril 1796 le Collège des pharmaciens réorganisé élit comme professeurs de chimie : Bailleau, Déyeux, Bouillon-Lagrange et Vauquelin. Ce Collège disparaît pour faire place six mois après à l'Ecole gratuite de pharmacie qui conserve Bouillon-Lagrange. Bouillon-Lagrange est prévôt du Collège en l'an VIII, l'an IX et l'an X.
Il enseigne également la chimie à l'Ecole Centrale du Panthéon et à l'Ecole Polytechnique où il est chef des travaux chimiques. C'est dans cette dernière école qu'il est remarqué par Napoléon lorsqu'il lui faisait, comme préparateur, les expériences de chimie demandées par l'Empereur à Berthollet. Napoléon l'appelle à ses côté comme pharmacien militaire à la maison de l'Empereur avec lui comme médecin Corvisart et comme pharmacien Deyeux.
Il publie le Manuel d'un cours de chimie en 1799 manuel très pratique et pédagogique qui est particulièrement apprécié par les étudiants en chimie et qui sera publié en cinq éditions successives... et un manuel de Pharmacie. Il est un adepte des thèorie de Lavoisier et les fait partager à Fourcroy.
Il restera dans la chaire de chimie lors de la fondation de l'Ecole de pharmacie le 11 avril 1803 par Napoléon.
Bouillon-Lagrange suit Napoléon dans diverses campagnes notamment celles d'Autriche (1805) et celle de Prusse (1806).
Bouillon-Lagrange soutient sa thèse de doctorat en médecine à Strasbourg le 23 novembre 1805 avec comme sujet "Réflexions sur les affections nerveuses et quelques médicaments usités dans ces sortes de maladies". Comme pharmacien de sa majesté l'Empereur, professeur à l'Ecole spéciale de pharmacie de Paris et au lycée Napoléon ; membre des Société de médecine médicale, de l'Académie des sciences. Sa thèse porte la dédicace suivante "A M. Fourcroy membre de l'Institut national de France, conseiller d'Etat, directeur général de l'instruction publique, etc.. mon maître et ami, comme un témoignage bien sincère de ma reconnaissance et mon attachement".
Ce diplôme lui vaut l'office de médecin de l'impératrice Joséphine de Beauharnais.
Il se marie le 28 décembre 1808 à Paris avec Lucie-Marie Sureau née à Sévres le 13 juillet 1786, elle est la soeur de sa précédente épouse Jeanne-Lucie Sureau décédée le 20 juin 1808. Elle lui donnera six enfants.
Il restera très attaché à Joséphine même après son divorce avec Napoléon le 15 décembre 1809 car Bouillon-Lagrange refuse de quitter Joséphine et de ce fait perd sa place à la cour impériale. Il se consacre alors à l'enseignement de la chimie et à la pratique de la médecine.
En 1820 il devient membre de l'Académie de médecine, en 1825 Chevalier de la Légion d'Honneur et en 1838 membre du Conseil d'hygiène publique.
Membre fondateur de la Société de Pharmacie de Paris qui deviendra l'Académie Nationale de Pharmacie, il en fut le secrétaire général de 1803 à 1807 inclus, et la présida en 1809, 1813 et 1819.
En 1829, il devient directeur-adjoint et en 1832 directeur de l'Ecole de pharmacie de Paris (actuelle faculté de Pharmacie de Paris) jusqu'à sa mort à 80 ans le 23 août 1844.
Il est inhumé le 25 août 1844 au cimetière du Père Lachaise à Paris.
Références
Dorveaux P. Les grands pharmaciens : X. Les grands pharmaciens de Napoléon. Bulletin de la Société d'Histoire de la Pharmacie. 1921 9ème année, n°30, 317-33.
Bussy. Journal de pharmacie et de chimie.1844, 3ème série, VI, 232.
Portrait de Bouillon-Lagrange selon la Bibliothèque Interuniversitaire de Santé. Salle des Actes faculté de Pharmacie.
Pharmacie Société histoire pharmacie : Bouillon-Lagrange