Jean-Pierre Boudet est né le 26 octobre 1748 à Reims dans une maison de la rue du tambour où son père Jean-Baptiste est maitre sellier. Son enfance n'est pas très heureuse car il perd son père à huit ans et sa mère Marie-Claude Fripier devient aveugle six ans après. il a un frère cadet Henri (1752-1830) et deux soeurs Marie-Thérèse (1750-1814) et Marie-Jeanne (1743-1817).
il doit quitter ses études au collège des Bons-Enfants de Reims alors qu'il présente d'évidentes dispositions pour les études et il rentre comme élève chez un de ses parents pharmacien puis quitte Reims pour les pharmacies de Mitouard, Pia et Deyeux. Il connait ainsi Bayen et Parmentier.
De retour à Reims, il fait des études pour devenir maître apothicaire qu'il devient en 1776 et il prend possession d'une officine. Il est nommé membre de la Société d'émulation de Reims puis professeur de chimie appliquée en remplacement de Pilâtre De Rozier (1754-1785) plus connu pour son exploit en mongolfière avec le marquis d'Arlandes le 21 novembre 1783 à Paris.
En 1784, il s'installe à Paris et acquière l'officine de Deyeux et il devient membre du collège de pharmacie de Paris en 1787. Durant la Révolution il participe activement aux événements car il remplit de très nombreuses fonctions en plus de ses activités officinales : officier de la Garde nationale, électeur, assesseur, juge de paix et membre d'un bureau de conciliation.
Le Comité de sal
ut public le met en réquisition et lui confie en 1793 avec huit autres inspecteurs la surveillance de la fabrication des poudres et de l'extraction du salpêtre dans plusieurs départements français (la poudre à canon est un mélange de salpêtre de soufre et de charbon de bois).
Il réussi à sauver plusieurs personnes de la terreur populaire notamment André Arnould Acloque (1749-1802) connu comme commandant d'un bataillon de la garde nationale : de garde aux Tuileries auprès du Roi lors de la journée tumultueuse du 20 juin 1792 où le Roi du porter un bonnet rouge présenté par les hommes du quartier Saint Antoine qui avaient envahi le palais.
Bonaparte se préparant son expédition en Egypteau printeps 1798 et sous les conseils du chimiste Claude-Louis Berthollet (1748-1822) qui avait déjà suivi Bonaparte lors de la campagne d'Italie Boudet cède sa pharmacie à l'ainé de ses neveux et confie désormais son avenir à Bonaparte.
Le Conseil supérieur de santé nomma Larrey chirurgien en chef, Desgenette comme médecin en chef et Royer comme pharmacien en chef.
Ainsi en 1798, il est attaché à l'expédition d'Égypte en tant que Membre de la Commission des Sciences et des Arts en compagnie de Berthollet. Il est le pharmacien en chef de la commission mais aussi chargé au Caire de l’inspection des pharmacies et de l’organisation des brasseries et distilleries à créer dans le pays ainsi que de la direction de la pharmacie centrale. Il engage sur place des égyptiens et notamment un chaudronier qui réalise selon ses plans un alambic et un soufleur de verre pour la fabrication de bouteilles.
Le courage qu'il montra au Caire lors de l'épidémie de peste lui valut l'estime et la reconnaissance de l'Armée.
Le général Kléber le nomma pharmacien en chef de l'Armée ; il remplaça Royer destitué pour avoir remplacé sur les chameaux, les médicaments par des liqueurs et des vivres qu'il vendait aux troupes. Bientôt, grâce à son activité, Boudet disposa dans ses entrepôts d'un an de médicaments d'avance.
Il est élu le 21/01/1800 dans la section de physique de l’Institut d’Egypte.
Rentré en France en 1801, après la capitulation d'El-Arisch et réformé par suite de suppression d’emploi il est nommé pharmacien en chef de la Charité. Mais il est rappelé par l'armée et nommé comme pharmacien principal au camp de Bruges, le 27 septembre 1803.
Bonaparte lui remet en main propre la légion d'honneur. Il part de Brugges avec le 3ème corps pour les campagnes d'Autriche et de Prusse. il ne quitte ce 3ème corps qu'en 1809 pour exercer durant la seconde campagne d'Autriche les fonctions de pharmacien en chef de la Grande Armée.
Il est ainsi Pharmacien en chef de la Grande Armée de 1805 à 1810 mais il est atteint du typhus à Brün après la bataille d’Austerlitz.
Ensuite il est nommé pharmacien chef de l’armée du Portugal mais il ne peut la rejoindre en raison de son état de santé et il est admis à la retraite le 8 juin 1810.
Le Baron D. Larrey écrit de lui : "Nous soussigné Baron de l’Empire l’un des Inspecteurs généraux du Service de Santé Militaire, 1er chirurgien de la garde de S.M. l’Empereur et l’un des Cdts de la Légion d’Honneur, Chevalier de la couronne de fer, ex Chirurgien en chef de l’armée d’Orient, certifions que Mr Boudet, ex Pharmacien en chef de l’armée d’Orient, aujourd’hui Pharmacien Principal d’armée, a été affecté pendant notre dernière campagne en Egypte, d’une ophtalmie rebelle et endémique qui a été suivie d’une très grande faiblesse à la vue ; nous avons connaissance aussi que Mr Boudet a contracté une hernie inguinale du côté droit dans la marche pénible qu’il a faite avec la Division du Caire lors de l’évacuation de l’armée, de cette ville à Rosette ; enfin nous avons été témoin de la maladie grave que ce pharmacien a essuyé à Brün après la bataille d’Austerlitz où elle régnait épidémiquement ; cette maladie qui l’avait mis dans le plus grand danger a affaibli les organes de la vie intérieure, et paraît avoir produit la formation de graviers dans les reins dont l’issue est accompagnée de coliques violentes et souvent répétées. Ces infirmités graves qui augmentent journellement empêchent cet officier de santé supérieur de continuer son service aux armées, le mettent dans le cas de l’invalidité absolue et par conséquent en droit de solliciter sa retraite. En foi de quoi nous lui avons donné le présent certificat pour lui servir devant qui il appartiendra."
Je soussigné en qualité d’ex Médecin en chef de l’armée d’Orient, atteste pareillement les faits ci-dessus pour ce qui a eu lieu en Egypte.
Paris le 12 mars 1810. Desgenettes
Il fut alors nommé pharmacien en chef de l'hôpital de la Charité à Paris.
En 1815, il publia un mémoire sur le phosphore et en 1820 il devint membre de l'Académie de médecine de Paris. Il participa à la rédaction du célèbre ouvrage la description de l’Egypte : note sur l’art de la verrerie en Egypte et une note sur la préparation des peaux et l’extraction du pastel. Avec M. Henri et A.A.Parmentier il participe à la rédaction du Code pharmaceutique pour les hospices civils.
Il collabore aussi avec Parmentier pour lutter contre la disette des produits coloniaux à cause du blocus anglais. Il quitte la Charité en 1817.
Il décède à 80 ans, le 18 décembre 1828 à Paris et il fut inhumé dans le cimetière du Père-Lachaise 39ème division 3ème ligne 1/25 chemin Camille Jordan près de la tombe de Parmentier.
Bibiographie :
Demouy Annick. Jean-Pierre Boudet, un pharmacien rémois (1748-1728). Histoire des sciences médicales. 2014, XLVIII, n°3, 389-96.
-Sylvie Oulieux. Thèse "Contribution à l'histoire de la pharmacie : les pharmaciens de la Grande Armée" Université Claude Bernard Lyon I, 5 décembre 1986.
Ossedat M. Les pharmaciens pendant l’expédition d’Egypte (1798-1801). Paris Librairie Caffin Collection Occitania. 1943 : 284p.
Felix Boudet. Notice historique Paris, imp de Fain 1829. Société histoire pharmacie par Bruno Bonnemain.